RDC : Vers un affrontement Tshisekedi contre les 3 « K » ?

RDC : Vers un affrontement Tshisekedi contre les 3 « K » ?

Tribune d’Arsène Nkongolo Tshiswaka, journaliste

Le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, a annoncé sa démission devant la plénière, prenant de court des députés qui semblaient impatients de le voir sombrer.

Depuis New York, où il participe à la 80ᵉ session de l’assemblée générale des nations unies, Félix Tshisekedi a réagi avec distance : « Je n’y suis pour rien, c’est leur cuisine interne », a-t-il déclaré, avant de préciser : « S’il va me tourner le dos, c’est à lui d’en décider, ce n’est pas moi qui suis derrière ce qui lui est arrivé. »

Pourtant, derrière cette apparente neutralité, se cache une logique bien connue. Comme le disait Sun Tzu dans L’Art de la guerre, « la meilleure défense, c’est l’attaque ». Tshisekedi applique cette maxime face à ses partenaires politiques, quitte à les affaiblir un à un. Cette fois, la méthode pourrait ouvrir la voie à un affrontement direct avec les trois « K » : Kamerhe, Katumbi et Kabila.

De la rupture FCC-CACH à l’Union Sacrée

Tout commence en 2020 avec l’éclatement spectaculaire de la coalition FCC-CACH. Le chef de l’État voulait s’émanciper pour devenir le seul maître à bord. Après avoir fait basculer la majorité parlementaire, il lance l’Union Sacrée de la Nation. Dans la foulée, il attire à lui Katumbi, Bemba et Kamerhe, Fayulu et Muzito vont restés à l’écart, en raison de la popularité du président de l’Ecidé au sein de l’opposition.

Jean-Pierre Bemba, marqué par ses dix années à La Haye, a saisi l’occasion de se venger de Kabila. Peu exigeant, il se satisfait de postes secondaires, tant que sa sécurité politique est garantie.

Moïse Katumbi, de retour d’exil grâce à Tshisekedi, a joué la carte de la loyauté stratégique. Il délègue ses lieutenants mais reste à distance, jusqu’à rompre à la veille de la présidentielle de 2023 pour briguer la magistrature suprême.

Vital Kamerhe, lui, est le partenaire qui a toujours inquiété l’UDPS. Il savait que l’accord de Nairobi (un mandat pour l’un, puis pour l’autre) ne serait jamais respecté. Malgré la prison, les humiliations, tentative d’assassinat et les postes fragiles, il a persisté, affichant loyauté et abnégation. Son seul objectif était de ne pas perdre de vue Félix Tshisekedi … tout en attendant le moment opportun pour frapper et renverser la done.

L’étau autour de Kamerhe

Cette banalisation systématique a aussitôt réveillé l’attention du camp présidentiel et de tout son laboratoire, qui ont clairement affiché leur intention : changer la Constitution pour se maintenir au pouvoir au-delà de 2028.

Dans ce contexte, Kamerhe est devenu un problème. Sa position floue, ses discours contradictoires et ses gestes à contre-courant de la ligne de l’Union Sacrée faisaient de lui un allié encombrant. Il fallait l’écarter.

L’opération de sa mise à l’écart n’a pas commencé avec la pétition. L’UDPS avait déjà méthodiquement affaibli son partenaire en l’amputant de ses « généraux » : Tochumani Kisombe, Chrispin Bindule, Aimé Boji, Molende Sakombi, Baudouin Mayo… autant de figures sur lesquelles Kamerhe n’a plus aucune prise. Aujourd’hui, hormis Bily Kambale, quel cacique de l’UNC ose encore défendre son leader ?

élargissement du présidium de l’Union Sacrée de 6 à 40 membres, diluant son poids ;

isolement progressif à l’Assemblée nationale.

La démission de Kamerhe est donc l’aboutissement d’une stratégie calculée. Mais l’homme de Bukavu, surnommé le Mwalimu, reste un acteur redoutable. Humilié et dépouillé, il garde la capacité de rebondir.

Vers un front des trois « K » ?

L’avenir pourrait bien rapprocher Kamerhe de ses anciens compagnons de 2006 : Katumbi et Kabila.

Katumbi, stratège, a déjà prouvé qu’il sait s’émanciper d’alliances fragiles. Kabila, discret et insaisissable, demeure une force d’ombre, entre brousse, Nairobi et voyages à l’étranger, attendant que le départ de Tshisekedi rouvre le jeu.

Kamerhe, désormais libre de ses mouvements, pourrait trouver dans cette alliance un moyen de revanche. En politique, on ne reste pas ennemi éternellement. Ce trio, disparate mais complémentaire, pourrait former une opposition d’envergure, capable d’ébranler un régime boulimique accusé de dérives autoritaires et de tentations de révision constitutionnelle pour prolonger son règne au-delà de 2028.

Un choc inévitable ?

Après sa démission, Kamerhe a repris son siège de simple député. Y restera-t-il jusqu’à la fin de la législature ? Rien n’est moins sûr. Les prochains mois diront si les « trois K » se réunissent pour défier Tshisekedi. Une chose est certaine : le jeu politique congolais entre dans une phase de recomposition majeure, où chacun cherche sa revanche.

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