Son départ de la République démocratique du Congo n’est ni un choix de confort ni une migration économique, mais la conséquence directe d’un climat de répression politique, marqué par des arrestations arbitraires, des enlèvements et des poursuites ciblées contre les opposants et les militants engagés.
Un engagement politique pacifique au cœur des tensions
Né à Kinshasa en 2000, Daniel s’engage en 2023 au sein du parti politique NOGEC, un mouvement porté par une jeunesse revendiquant la réforme profonde de l’État, la fin de l’impunité et la lutte contre la corruption. Admiratif du discours et du parcours de son président, Constant Mutamba, Daniel s’implique activement dans la vie du parti. Il occupe le poste de secrétaire du bureau d’études de l’antenne de Ngaliema, tout en travaillant comme assistant juridique.
C’est dans ce cadre qu’il fait partie des initiateurs des veillées populaires organisées devant la résidence de Constant Mutamba, alors accusé injustement de détournement de deniers publics. Selon Daniel et de nombreux militants, ces accusations visaient à faire taire un homme politique devenu dérangeant. En tant que ministre de la Justice, Constant Mutamba s’était engagé publiquement dans un combat contre la corruption et l’impunité, s’attaquant à des réseaux puissants. Cette posture lui a valu de nombreuses inimitiés, au point que, selon plusieurs proches, sa tête aurait été mise à prix.
Ces veillées, pacifiques et citoyennes, visaient à exprimer un soutien populaire face à ce que les militants considéraient comme une instrumentalisation de la justice à des fins politiques.
Le début de la traque par les services de renseignement
Selon Daniel, l’organisation de ces veillées marque un tournant. Les services de l’ANR (Agence nationale de renseignements) commencent alors à s’intéresser de près à lui. Il affirme avoir été identifié comme l’un des organisateurs de ces rassemblements, ce qui l’a placé dans le viseur des autorités.
La première tentative d’interpellation survient sur son lieu de travail, où il exerce comme assistant juridique. Des individus se présentant comme des agents de l’ANR se rendent à son bureau pour le rechercher. L’un d’eux est armé. Alertés par la gravité de la situation, ses collègues l’aident à quitter discrètement les lieux par une issue secondaire, lui évitant une arrestation imminente.
À partir de ce moment, Daniel affirme vivre sous une pression constante : filatures, menaces, peur permanente.
Agression, convocation et avis de recherche
Quelques jours plus tard, dans la nuit, Daniel est intercepté par deux individus, violemment battu, agressé et laissé au sol. Ses effets personnels sont volés. Peu après, une convocation policière est envoyée à son domicile, suivie d’un avis de recherche.
Pour lui, il ne fait aucun doute que ces actes sont directement liés à son engagement politique et à l’organisation des veillées populaires de soutien à Constant Mutamba. Craignant pour sa vie, il se réfugie d’abord dans une église, avant de quitter clandestinement Kinshasa pour le Congo-Brazzaville.
Mais même à l’étranger, l’insécurité persiste. Daniel affirme avoir reçu des menaces, l’informant qu’il serait retrouvé. Face à cette situation, il prend la décision de quitter l’Afrique.
Un exil forcé sous le régime de Félix Tshisekedi
Daniel arrive en France en octobre 2025, où il dépose une demande d’asile. Il affirme avoir été contraint à l’exil par un régime qu’il juge incapable de garantir les libertés fondamentales.
Selon lui, sous la présidence de Félix Tshisekedi, de nombreux acteurs politiques, militants et journalistes sont confrontés à des arrestations injustes, des détentions arbitraires et des intimidations. « Aujourd’hui en RDC, l’engagement politique peut coûter la liberté ou la vie. La justice est instrumentalisée et les services de renseignement agissent au-dessus des lois », dénonce-t-il.
Plusieurs organisations de défense des droits humains ont, à maintes reprises, alerté sur la persistance de violations des droits fondamentaux, malgré les promesses de rupture avec les pratiques du passé.
Vivre loin de son pays pour survivre
L’exil reste une épreuve douloureuse. Daniel vit loin de son fils, de sa famille et de son pays, auquel il reste profondément attaché. « Je n’ai jamais voulu quitter le Congo. J’ai été contraint de partir parce que ma vie était en danger », confie-t-il.
Aujourd’hui, il appelle les médias et la communauté internationale à ne pas fermer les yeux sur ce qui se passe en RDC : un pays riche, mais miné par la corruption, l’injustice et la répression politique.
Son espoir demeure de pouvoir rentrer un jour dans une République démocratique du Congo démocratique et apaisée, où l’engagement citoyen ne sera plus un motif d’exil, mais une force pour construire l’avenir.
Remy mbuyi